© C. Kettiger

© C. Kettiger

 

Photographe, retoucheur et écrivain, je réalise
des portraits depuis 2016 pour différentes maisons
d’éditions françaises et étrangères.

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J’ai publié en 2014 le roman
Un été en famille aux Éditions du Seuil.

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Arnaud Delrue
158-160 rue de Ménilmontant
75020 Paris

+33 (0)6 83 29 69 52
arnaud@delrue.fr

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Expositions [selection]

2015
MINOTAURES, Copenhagen Photo Festival.

2010
EXPOSITION HOMME-FEMME, MAN de Nancy.

2009
(UNTITLED)U = [A PHOTOGRAPHIC GROUP SHOW], Fette’s Gallery, Los Angeles (USA).

2006
MAI PHOTOGRAPHIE, Quimper ( with R. Minkkinen, D. Appelt, G. Garcin).
PLANET GENDER – Over Gender en identiteit, Maastricht (Netherland].

2005
DES FEMINITES EN QUESTION, Mains d’Œuvres, Saint-Ouen.

2004
LES ANOMALIES, La Briqueterie, Amiens.

2004 & 2005
JEUNE CREATION, La Bellevilloise & Grande Halle de la Villette, Paris.

2003
COLLECTIVE EXHIBITION, Centre de conservation du livre d’Arles / Rencontres Internationales de la Photographie [off].

 

 

 

Publications

Un été en famille, Editions du Seuil, Fiction&Cie, 2014.

Premières pages : extrait pdf

 

FACE : The New Photographic Portrait, William A. Ewing, Editions Thames & Hudson and Actes Sud, 2006.


Et pourquoi pas moi? En effet, si pour être beau, il suffit d’acheter et d’appliquer les bons produits, comme le répète sans cesse la publicité – ou « l’éducation commerciale », pour reprendre l’expression singulière mais parfaitement appropriée de Marshall McLuhan-, ne pouvons-nous pas tous devenir des stars? Le travail d’Arnaud Delrue nous rappelle que la consommation n’est pas l’unique composante : l’image joue également un rôle essentiel. Le sociologue Erving Goffman évoque la nécessité de se mettre soi-même en valeur dans les interactions de la vie quotidienne. Pour Arnaud Delrue, cette mise en valeur est avant tout destinée à des représentations d’ordre virtuel. Il nous signale, sur un ton à la fois drôle et douloureux, que, malgré l’arsenal déployé par le commerce de l’image, rien ne parvient à démentir le proverbe selon lequel « on ne saurait faire d’une buse un épervier ».

 

Beautés, 6 héliogravures, published by Editions Malaxe, 2009.


Tirage : 23 ex.
Format : 24×28,5 cm
6 photogravures et typographie artisanales sur Arches.
Feuille à feuille sous étui toilé.

 

 

 

Presse [selection]


Grand Angle par Gérard Lefort
Libération, du lundi 20 août 2007.

Féminin singulier

Le jeune photographe Arnaud Delrue explore les lois du genre, s’imaginant femme à l’image, et bouscule les clichés.

«Ce n’est pas le Minotaure qui crée le labyrinthe, c’est l’inverse.» Abriter son projet sous une citation de Michel Foucault (extraite de Dits et écrits) n’est pas une mauvaise idée. Encore faut-il que le résultat soit à la hauteur.
Gageons que le philosophe de la multiplicité aurait été amusé par le travail du jeune photographe Arnaud Delrue qui, ne se satisfaisant pas d’être une seule chose à la fois (un garçon biologique) a conçu de s’exposer en moult versions filles de lui-même.
Avec l’aimable assistance d’un logiciel bidouilleur, l’effet Rimbaud est assuré : «Je est un autre» et elles, c’est lui.
A l’aune de la citation de Foucault, le jeune homme devient si labyrinthique qu’on s’y perdrait à vouloir dénicher le masculin sous les masques du féminin, autant dire un seul Minotaure dans cette foule d’Ariane. Animé de cette seule curiosité qui fleure trop le rapport de police (sous la page, le travelo), il n’y a rien à voir. Pour goûter la singularité de ces images, il faut regarder ailleurs. Car cette recherche à corps perdu, aussi rêveuse et autobiographique soit-elle, ouvre à d’autres questions, bénéfiquement gênantes.
Les jolis petits personnages d’Arnaud Delrue sont plus des «modèles» ou des «girls» que des filles, leurs postures citant une mise en scène du corps féminin par la photographie dominante, qu’elle soit publicitaire ou de mode, qui ne date pas d’hier puisque Delrue a glissé un portrait évoquant en noir et blanc le style basculé du fameux studio Harcourt. Dans cette galerie de visages en clonage infini, où l’on serait bien en peine distinguer l’original de ses copies, une Barbie chasse l’autre.
On peut y détecter enfin que la dictature du genre est mise à la question. Contrairement à ce que fredonnait en 1966, l’immense Stone (de chez Stone et Charden) : Fille ou garçon, ce n’est plus la question.

source:
http://www.liberation.fr/grand-angle/2007/08/20/feminin-singulier_100159

 

“Je est un autre”

De sa première série Mélancolies (2005) à la récente Minotaures (2015), le photographe Arnaud Delrue n’aura jamais cessé de questionner le genre, l’effacement ou les étranges combinaisons entre le masculin et féminin. Sans verser dans l’androgynie simpliste, naissent de ses expérimentations de multiples autoportraits photographiques retravaillés, tantôt au prisme de la mode, des codes publicitaires, du minimalisme, de la peinture… De ces clichés résulte une réelle maîtrise de la lumière et des outils nécessaires aux diverses interventions techniques, dont on peut aisément au gré des séries découvrir les évolutions.Une œuvre singulière, de haute facture dont nous avons, en interviewant Arnaud Delrue, tenté d’en percer les mystères.

A quel moment s’est manifesté ton intérêt pour la photographie ?
Je crois que ça vient de mon enfance et de ma tante qui passait des heures à cadrer ses photos. C’était un mystère pour moi. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi elle n’appuyait pas simplement sur le déclencheur comme tout le monde le faisait. Vers 13 ou 14 ans, j’ai demandé un appareil à mes parents, mais j’ai rapidement laissé tomber. Je crois que j’étais plus attiré par l’objet que par l’image. L’appareil était tout automatique, je m’en suis vite lassé. Plus tard, il est tombé dans un lac en Ecosse. Je me souviens m’être dit que je profiterais mieux du voyage sans faire de photos. C’est revenu plus tard, à la fac de sciences. Je voulais être Ingénieur du son. Un ami m’a emmené dans une exposition organisée par le club photo de la fac. Je pense que c’était la première exposition de photographies où je mettais les pieds. On est allé à une réunion du club et il n’y avait que des filles. On s’est tout de suite inscrits. J’ai su rapidement que c’était ça que je voulais faire. Je me suis mis à tirer mes images dans un laboratoire improvisé sur la cuvette de mes toilettes, puis j’ai postulé à des écoles de photos.

Master photographie et multimédia à Paris VIII, formation à l’ENS Louis Lumière, quels enseignements en gardes-tu ?
En arrivant à Paris 8, ça a été assez violent. J’arrivais avec mes photos tirées sur du beau papier, on me demandait ce que j’avais voulu dire et je n’en savais absolument rien. Mais c’était aussi très stimulant. J’ai découvert beaucoup d’artistes, des façons d’utiliser et de penser l’image qui m’étaient étrangères. J’étais à la fois déstabilisé et fasciné. Je pense que c’est ce qui a construit mon rapport à l’image, en le déplaçant vers l’art contemporain. Je n’y suis resté qu’une année, mais elle a été très enrichissante. A l’école Louis Lumière, j’ai retrouvé une approche plus scientifique et pragmatique de l’image. On avait des tas d’outils à disposition et c’était à nous d’en faire bon usage. J’ai acquis une certaine rigueur. Mes premières séries sont techniquement assez catastrophiques. C’était les débuts du numérique et je faisais tout ce qu’il ne fallait pas faire. Je scannais des tirages minuscules pour en faire des grands formats. Je travaillais sur des écrans merdiques. J’imprimais mes photos sur l’imprimante de bureau de mon père. On voyait les points d’encre à l’œil nu. Il y avait une certaine urgence à faire les choses, peu importait la manière. À l’école Louis Lumière, j’apprenais un vrai métier ; et quelque part, ça me rassurait. Ça me donnait une porte de sortie au cas où personne ne voudrait m’exposer au Moma.

[suite de l’interview]